L’aménagement de l’avenue Joffre : un médiocre compromis !

AvJoffreL’abattage des arbres malades, dans la partie basse de l’avenue Joffre, entre le carrefour du 8 mai 1945 et l’intersection avec l’avenue des Érables a créé l’occasion, pour l’équipe municipale, de réaménager cette voie. Les travaux d’infrastructure sont pratiquement terminés et, déjà, on peut se faire une idée du résultat final de cette transformation.

La première impression est plutôt négative… Un examen plus approfondi du dossier donne les clés pour comprendre les raisons de cette insatisfaction diffuse.

Ce qui a changé.

La modification la plus radicale, c’est d’abord la largeur de chaussée. L’avenue Joffre est passée, sur cette section, d’une largeur utile de 6,80 mètres à une largeur de 5,50 mètres.

Des emplacements, dits « contours d’arbre » au nombre de 47, sortes d’enceintes de maçonnerie garnies de pavés en granit ont été disposées pour recevoir les arbres replantés (à peu près en nombre égal et sur emplacements identiques à l’ancienne plantation) et former des « jardinières » pour recevoir une garniture de fleurs ou de végétation.

La bande de circulation piétonne a été ramenée, au droit de ces imposants massifs (3,10 mètres X 2,80 mètres, en moyenne) à une largeur de 140 centimètres.

53 emplacements de stationnement ont été réservés (dont deux pour les personnes à mobilité réduite) de part et d’autre de l’avenue, partout où l’absence de « bateaux » d’accès aux garages le permettait.

Ce qui nous semble positif.

Le remplacement, presque à l’identique, des arbres abattus est une bonne chose. La réfection des revêtements de la chaussée et des trottoirs aussi. A cela s’ajoute la modernisation de quelques installations techniques (bouches à clé, tampons).

Ce qui nous parait sans intérêt.

Sur cette portion de l’avenue Joffre, il n’existe aucune activité commerciale ou industrielle susceptible de générer un besoin de stationnement ponctuel des fournisseurs ou des clients.

L’augmentation  des places de stationnement  ne profite qu’à ceux qui, bien que  disposant d’un garage ou d’une place de stationnement en sous-sol d’immeuble (comme la plupart des riverains de cette avenue), préfèrent, par commodité, stationner sur la voie publique.

Quant à la création d’un nombre aussi considérable de  massifs de végétation, d’un entretien coûteux et difficile du fait de leur multiplicité et de leur positionnement sur un axe de circulation, elle ne s’imposait pas sur cette avenue qui jouit, par ailleurs, d’un environnement esthétique plutôt favorable.

Ce qui pose problème.

Ce qui nous gêne le plus, dans cette réalisation, c’est d’abord le rétrécissement de la voie de circulation qui augmente les dangers de la circulation en vélos.

Auparavant il existait une marge raisonnable de sécurité lors du dépassement d’un vélo par une automobile ou un camion. Cela permettait aussi une certaine fluidité de la circulation en cas de stationnement irrégulier sur la chaussée (cela existe, quelle que soit la rigueur de la répression policière) lors du passage des camions de ramassage des ordures ménagères, ou encore en présence de poids-lourds de très gros gabarit. Aujourd’hui, il faudra sans doute renoncer à tout dépassement. En théorie, cela peut se concevoir, ce n’est qu’une contrainte de plus, parmi beaucoup d’autres. Dans la pratique, il est d’observation courante que le conducteur novice ou énervé, après avoir roulé quelques dizaines de mètres derrière et à la vitesse d’un vélo, tentera de le dépasser, dans une manœuvre dangereuse…..surtout pour le cycliste ! C’est une réalité que l’on ne devrait pas négliger.

Dans la même logique, les cyclistes, surtout les plus jeunes, pour éviter de se lancer dans un flot de circulation où ils se trouveront en permanence précédés et suivis par des automobilistes et des camionneurs impatients, seront tentés de rouler sur les trottoirs…. d’où des risques accrus d’accidents, en particulier, de collision avec des automobilistes sortant de leur garage.

La circulation, sur l’avenue Joffre restera, parait-il, limitée après les travaux, à 30 km/heure. Il est là aussi patent qu’à trop vouloir réglementer on nuit au respect de la réglementation. Qui respectera une telle vitesse ? Qui la fera respecter ?

Les automobilistes, empêchés de rouler « normalement » sur ce tronçon où ils n’ont pas grand-chose à faire (c’est  une voie de liaison plutôt qu’une voie de desserte) utiliseront très rapidement des itinéraires de contournement qui viendront surcharger les axes avoisinants en créant des difficultés imprévisibles.

Quant à la pose, au sol, d’une bande cyclable « suggérée », c’est associer le dérisoire à l’inutile et au compliqué. Que signifie, en langage administratif,  le verbe suggérer ? L’expérience tentée en bord de Marne, quai de la pie, avec ses vélos dessinés au sol tous les cinq mètres et qui a fait sourire tous les témoins de cette initiative (en disant « sourire », nous sommes gentils…..) démontre qu’il s’agit d’un gadget probablement coûteux, d’entretien difficile et totalement farfelu.

Le second défaut important, dans la réalisation de ce projet c’est l’emprise démesurée de ces « jardinières » (ou « contours d’arbres » dans le langage de leurs concepteurs).

En surdimensionnant et en multipliant ces petits monuments d’une esthétique très discutable (mais très dans l’esprit du moment !) on a accumulé les obstacles à la circulation des piétons, ces piétons qui restent pourtant, en principe, les légitimes utilisateurs des trottoirs. Pour les personnes à vision réduite, le danger de collision avec les murets au ras du sol de ces édicules risque d’être une préoccupation permanente.

Confrontés à des difficultés techniques pour positionner ces constructions, les aménageurs ont été contraints de se limiter à la valeur inférieure de la norme régissant la largeur minimale de la bande de circulation réservée aux piétons. Au final, on peut même affirmer qu’ils n’ont respecté ni l’esprit ni la lettre de cette norme.

Rappel de quelques règles en matière d’urbanisme.

Les règles d’urbanismes concernant  la circulation des piétons sur la voie publique et celles, plus contraignantes encore, qui s’appliquent aux personnes handicapées ou à visibilité réduite, sont établies par les décrets n° 99-756 et 99-757 et l’arrêté du 31 août 1999. Elles sont rappelées et précisées dans la circulaire 2000-51 du 23 juin 2000 qui se réfère, pour l’essentiel, à la norme AFNOR définie dans le fascicule P 98-350.

Pour ce qui concerne la largeur de la bande de circulation réservée aux piétons (et aux véhicules des handicapés) elle est définie dans le texte du 31 août 1999 comme étant « au minimum de 140 cm hors mobilier ou autre obstacle éventuel ». Cette largeur minimum acceptable s’entend « pour de courtes distances ». Dans le cas de notre avenue Joffre, la longueur cumulée des zones rétrécies  est de 142 m pour une longueur de voie de 346 m.

Rappelée par la circulaire  2000-51 de juin 2000, la norme P 98-350 est encore plus contraignante. Elle recommande de rendre possible le croisement de deux véhicules handicapés d’un empattement de 90 cm, soit une largeur de 180 cm.

En conclusion.

« La critique est facile, l’art est difficile » dit le dicton. Cela est vrai. Nous sommes parfaitement conscients de la complexité d’un tel dossier qui doit concilier des contraintes physiques de situation, les préoccupations des riverains et l’intérêt des utilisateurs de la voie et des trottoirs. C’est pourquoi nous ne mettons pas en cause la volonté de bien faire des intervenants.

Pour autant, en tant qu’utilisateurs et contributeurs financiers de cette réalisation, nous revendiquons un droit à la critique.

Pour les aménagements à venir, nous recommandons aux concepteurs de se méfier des modes et des effets « gadget » si souvent présents lors de la conception des architectures urbaines. La pseudo écologie des « plantes en pots », les micro perspectives monumentales, l’utilisation de matériaux « bruts » ou  « naturels », la surcharge dans la décoration : tout cela conduit à des réalisations confuses et peu pratiques. Privilégions la simplicité; c’est beau et c’est moins cher, surtout à entretenir !

8 réponses à “L’aménagement de l’avenue Joffre : un médiocre compromis !”

  1. Le Chat de la Pie dit :

    Bien d’accord!
    bon courage pour le combat pour le bon sens !

  2. Poulidor dit :

    La notion de « suggestion » rapportée à la circulation des vélos, vous n’avez pas compris ?
    Je vais vous expliquer !
    Vous êtes sur votre vélo, au milieu de la circulation, donc un peu stressé ou inquiet, pour le moins. Vous regardez au sol. A l’instant même, sur la route, sous vos pieds ou plutôt sous vos pédales, vous découvrez un petit dessin genre hiéroglyphe. Vous pouvez pas les rater, il y en a tous les 4, 5 mètres. De deux choses l’une : ou bien c’est une petite flèche (les techniciens appellent cela « un chevron ») ou bien c’est un petit vélo.
    Si c’est un chevron, regardez le attentivement. Si la pointe est vers l’avant, dans le sens de votre déplacement, ce graphe vous « suggère » que tout va bien, que vous êtes du bon coté de la rue, en un mot que ça baigne. Si la pointe de ce signe est tournée vers vous, je vous « suggère » de descendre immédiatement de vélo, de faire demi-tour et de rentrer, à pieds, chez vous vous reposer !
    Si, le dessin que vous découvrez sous vos roues est un petit vélo, cela vous « suggère » que vous êtes effectivement sur une voie cyclable homologuée (puisque suggérée), donc que vous êtes en sécurité…. ou, en tous cas dans votre droit, si vous vous faites écrabouiller.
    Bonne route, partez confiant !

  3. Le Chat de la Pie dit :

    Ne possédant qu’un vélo comme moyen de transport (à part mes pieds ;-P) je peux en parler!
    - Au lieu de perdre de l’argent en peintures et poteaux inutiles, refaire la chaussée eut été plus utile!! c’est bien beau une voie cycliste suggérée, mais quand les trous et nids de poule sur la chaussée vous oblige à vous mettre au milieu de la route, c’est bien stérile!
    - Sans parler des poteaux empêchant dorénavant les voitures de doubler, ce qui rend les automobilistes très nerveux, ce qui ne va pas de paire avec la sécurité des cyclistes!
    Il en faut du courage pour prendre son vélo!

  4. Milou et moi dit :

    Moi je trouve ça pas mal ces jardinières. Après avoir lu votre commentaire, je suis allé y faire un tour avec mon chien. Il est ravi.
    Pour lui c’était devenu impossible ! Les trottoirs du quartier sont si sales, tellement couverts d’excréments dans les parties herbeuses où il avait ses habitudes qu’il se trouvait contraint de faire ses besoins en plein au milieu du trottoir, créant ainsi des obstacles supplémentaires à la circulation des piétons.
    Tout ça c’est fini. Nous allons disposer de magnifiques toilettes. J’ai vérifié la hauteur, c’est juste bon. Pas trop haut pour rester accessible mais juste assez pour ne pas se trouver inondé en cas de pluie d’orage.
    Reste à valider la qualité du substrat. Moi j’aimerais bien une bonne terre façon humus, avec peut-être une couverture en écorce de pin broyé car c’est propice à un bon enracinement de la végétation. Mais lui je sais qu’il préférerait du sable. Un sable ordinaire, ni trop gros ni trop fin. Même un produit très bon marché conviendrait, c’est juste pour lui éviter de se salir les pattes.
    Pour l’esthétique générale du projet, on pourrait paysager quelques unes des jardinières (celle avec sable) en manière de petits jardins japonais. Trois galets de Dieppe à 10 euros du bout et Hop… c’est fait. Pour l’entretien, un coup de râteau suffira.

    Milou se joint à moi pour dire un grand « Merci  » à nos architectes urbanistes.

  5. Nicole TRUCHOT dit :

    Vous dites que les arbres vont être replantés -presque à l’identique-. C’est complètement faux !
    Avant l’abattage il y avait 64 arbres en place et une dizaine d’emplacements à replanter.
    Ils seront remplacés par seulement 49 arbres.
    Perte constatée: 33%, soit un tiers.

  6. Phot dit :

    Bonjour,

    Vous indiquez que le nombre de places de stationnement augmente : pourriez-vous donner les chiffres avant/après SVP ? J’ai un doute…

    Les massifs dans les jardinières sont équipées d’un dispositif d’arrosage automatique, afin de limiter le coût de l’entretien. Qu’en pensez-vous ?

    Le conducteur novice ou énervé risque de se conduire dangereusement… proposez-vous un autre moyen de prévenir ce risque que d’élargir la voie ?

    La limitation à 30 km/h sera « suggérée » par les ralentisseurs prévus… sauf si on se déplace en aéroglisseur.

    En conclusion, votre billet émet surtout des critiques mais pas constructives : c’est dommage…

  7. AnnR dit :

    Bonjour Phot.

    Comme vous le faites remarquer, le nombre de places de stationnement, sur le tronçon de l’avenue Joffre en réfection, n’a pas augmenté. En recherchant la disposition ancienne sur Google View nous avons constaté qu’elles sont passées d’environ 70 à l’origine à 55 dans la nouvelle disposition. Leur emprise sur la voie de circulation des piétons a, par contre , considérablement augmenté. L’impression d’augmentation de la densité du stationnement dont nous avons fait part dans le texte du 25 octobre est sans doute venue de la création de nouvelles places là où le stationnement était auparavant interdit (face aux numéros 1 et 4, de l’avenue).
    Il est trop tôt pour juger de l’aspect final de l’avenue mais il est à craindre que, jusqu’à une croissance importante des futures plantations, c’est à dire pendant au moins une décennie, l’avenue ressemble plus à un parking qu’à l’ancienne avenue Joffre dont nous conservons une certaine nostalgie.

    Pour ce qui concerne l’arrosage des massifs/jardinières, la mise en place d’un arrosage automatique est certainement une bonne chose, en tout cas pour la santé de ces plantations. S’agit-il d’une source d’économie ? L’avenir nous le dira car l’entretien et le nettoyage de ces nouvelles jardinières, indépendamment de leur arrosage, ne sera pas gratuit.

    Concernant la dangerosité de la nouvelle organisation de l’avenue pour les vélos, nous ne voyons pas de solution. Mécaniquement, l’étroitesse de la voie obligera les cyclistes à rouler sur le même axe que les automobiles. Espérons que les choses se passeront au mieux.
    Sans doute verrons nous les plus jeunes et les anciens les moins agiles rouler sur les trottoirs pour éviter le danger. Cela risque d’engendrer des collisions, avec les piétons cette fois !

    Nous n’avons pas parlé de limitation de vitesse « suggérée » mais de bande cyclable « suggérée ». Le terme apparait dans le document émis par la Direction des Services Techniques de la ville de Saint-Maur du 18/11/08 référence 320, dans le deuxieme volet du dépliant, en haut à droite de la page. Le libellé précis est : –*Bande cyclable « suggérée » avec Logos vélos et chevrons –
    La question posée, tout humour mis à part, c’est : quelle est la valeur réelle d’une telle « suggestion », son utilité, son efficacité ? En un mot : n’est ce pas un gadget couteux et, par certains aspects, ridicule ?
    Vous évoquez les ralentisseurs. Nous pensons que ces dispositifs sont intéressants car ils interdisent les très grandes vitesses. Pour les vitesses moyennes, 40 ou 50 km/heure, ils ont peu d’effet sauf à être installés tous les 20 mètres. Il n’est pas bon d’en abuser car ils sont « piégeux » pour les cyclistes et les motos qui sont tentés de les contourner.

    La dominante critique que vous trouvez à notre billet, nous l’assumons. Globalement la réalisation, tout du moins ce que nous en voyons aujourd’hui, ne nous plait pas, c’est pourquoi nous le disons.
    Pour ce qui est de la critique constructive, n’ayant pas été informés de la nature du projet et surtout de ses détails avant sa réalisation cela n’a pas été possible. Ce n’est donc que dans le futur que nous pourrons aller dans le sens de votre souhait. Souhait que nous approuvons totalement car seule la critique constructive est utile.

  8. Solene Danjou dit :

    Bonjour,

    J’habite l’avenue joffre depuis 15ans … C’est notre patrimoine qui part en miette avec l’arrachage de ces arbres qui sont beaux et utiles ! Ils sont remplacés par de petits arbres ridicules et très peu nombreux. La rue n’a plus aucun panache … C’est d’une tristesse incroyable, j’appelle ça la traversée du désert. Heureusement que des massifs ont été mis au pied de ces arbres !
    Au quotidien ces arbres nous cachent du vis à vis, abritent les oiseaux, apportent de la fraîcheur l’été, et sont notre patrimoine. Les raisons annoncées par la mairie sont en partie fausses comme la rénovation de la chaussée puisque sur le deuxième tronçon les travaux ont commencé sans l’arrachage des arbres. J’aimerai voir les gens se mobiliser pour essayer de sauver ceux qui sont encore là, dans la partie haute de l’avenue..Entre ça et la maison des chats, notre quartier ne sera plus le même.

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